Plaine orientale
Cent kilomètres de plaine agricole et de plages sableuses entre Bastia et Solenzara, doublés par l'arrière-pays castagnicciu en schiste noir : la face discrète de la Corse.
La plaine orientale s'étire sur près de 100 kilomètres entre Bastia et Solenzara, le long d'une bande littorale plate que la Corse, ailleurs montagneuse, ne propose nulle part ailleurs. Notre équipe la décrit souvent comme l'envers discret de l'île : pas de criques sculptées dans le granit, mais un cordon de plages sableuses bordées d'étangs, de vergers et de vignes, adossé à la chaîne du San Petrone et au massif de Bavella en toile de fond. C'est ici, sur les terres alluviales du Tavignano et du Fium'Orbo, qu'a poussé l'essentiel de l'agriculture corse moderne.
Aléria, à mi-chemin entre Bastia et Solenzara, fixe l'histoire longue de cette plaine. Fondée par les Phocéens au VIe siècle avant notre ère sous le nom d'Alalia, devenue colonie romaine sous César, elle a livré aux fouilles un mobilier funéraire étrusque et grec exceptionnel, visible au musée Jérôme Carcopino installé dans le fort de Matra. À quelques centaines de mètres, le site archéologique met au jour le forum, les thermes et le prétoire. C'est, avec Mariana au nord, l'un des deux pôles de l'Antiquité corse.
La plaine doit aussi son visage à une histoire récente. Longtemps insalubre, marécageuse, désertée à cause du paludisme, elle a été assainie après 1945, puis mise en valeur par les rapatriés d'Algérie installés dans les années 1960. Ce sont eux qui ont planté les vergers de clémentines, aujourd'hui protégés par une IGP, et structuré le vignoble de l'AOC Vin de Corse autour de Ghisonaccia, Aléria et Linguizzetta. La clémentine de Corse, reconnaissable à ses deux feuilles vertes obligatoires sur la branche, se récolte de novembre à février. Le muscat du Cap Corse, lui, descend du nord mais se boit partout, en apéritif, frais.
Les étangs ponctuent la côte et structurent l'économie locale. Biguglia, juste au sud de Bastia, est le plus vaste de Corse et une réserve naturelle où nichent hérons, flamants et balbuzards. Diane et Urbino, plus au sud, produisent les huîtres et les moules de la plaine orientale, élevées en eau saumâtre. On les déguste sur place, à Diana Plage ou chez les ostréiculteurs d'Urbino, accompagnées d'un vermentinu local. Les plages, Pinia, Padulone, Calzarellu, Pinarello plus au sud, alignent du sable fin sur des kilomètres, avec une pente douce qui convient aux familles avec enfants.
L'arrière-pays change radicalement d'atmosphère. À 30 minutes des côtes, la Castagniccia déploie ses villages en schiste sombre, La Porta, Piedicroce, Morosaglia, où naquit Pascal Paoli, sur des crêtes couvertes de châtaigniers. Le châtaignier a nourri la Corse pendant des siècles : on en tire encore la farine AOP qui sert à la pulenda, la polenta corse traditionnelle, et aux beignets. Plus au sud, le Fium'Orbo et le Bozio offrent des villages perchés, des chapelles romanes peu fréquentées et des sentiers de randonnée modeste. Cette combinaison plaine littorale + montagne immédiate à l'ouest fait l'intérêt principal de la région pour un séjour mixte.
Côté tables, on retrouve l'agriculture du territoire : charcuterie de porc nustrale dans les villages d'altitude, brocciu frais selon la saison, huîtres de Diana, vins blancs de vermentinu et rouges de niellucciu. Les fêtes patronales d'été, A Fiera di u Casgiu à Venaco en mai, A Fiera di a Castagna à Bocognano en décembre, permettent de croiser les producteurs hors saison touristique.
À découvrir
Site archéologique d'Aléria. Le forum romain, les thermes et le musée Carcopino installés dans le fort de Matra retracent 600 ans d'occupation phocéenne puis romaine, avec des céramiques attiques et étrusques rarement rassemblées ailleurs en Méditerranée occidentale.
Étangs de Diane et d'Urbino. Dégustation d'huîtres et de moules directement chez les ostréiculteurs, en bord de lagune, avec un verre de vermentinu de la plaine. Comptez une vingtaine d'euros la douzaine, ouvert toute l'année.
Villages de Castagniccia. La Porta, Piedicroce, Morosaglia : maisons hautes en schiste noir, clochers baroques et forêts de châtaigniers à 800 mètres d'altitude, à 30 minutes de route de la côte.
Réserve naturelle de Biguglia. Le plus grand étang de Corse, 1 450 hectares juste au sud de Bastia, où l'on observe flamants roses en migration et balbuzards pêcheurs depuis les observatoires aménagés autour du plan d'eau.
Vergers de clémentines IGP. Entre Linguizzetta et Ghisonaccia, les vergers se visitent pendant la récolte, de mi-novembre à février, chez plusieurs producteurs qui expliquent la culture et font goûter les fruits à deux feuilles.
Quand y aller
La plaine orientale est la zone la plus sèche et la plus chaude de Corse. De mai à mi-octobre, les températures diurnes oscillent entre 22 et 32 °C, avec une mer à 24-26 °C en juillet-août. Juillet et août sont chauds, parfois lourds en l'absence du vent d'ouest, avec une fréquentation soutenue sur les plages de Pinia et Pinarello. Nous conseillons mai-juin et septembre-début octobre pour la baignade, les visites archéologiques et la randonnée en arrière-pays dans des conditions plus stables. La récolte des clémentines, de novembre à février, justifie aussi un séjour hors saison : températures de 12-16 °C en journée, pluies modérées, hôtels ouverts à Aléria et Ghisonaccia.
En Castagniccia, comptez 5 à 8 °C de moins qu'au littoral. Les mois d'octobre et novembre y sont remarquables pour les couleurs des châtaigneraies, mais le brouillard matinal est fréquent. L'hiver, les cols peuvent être enneigés brièvement au-dessus de 1 000 mètres.
Conseils pratiques
Nous recommandons 3 à 4 jours sur la plaine orientale dans un itinéraire corse de 10 à 14 jours : une journée pour Aléria et les étangs, une journée en Castagniccia, une à deux journées de plage. La région se rejoint en 40 minutes depuis l'aéroport de Bastia-Poretta, qui est aussi le point d'entrée logique. La RT 10 (ex-N198) longe toute la plaine du nord au sud et permet de gagner Solenzara en 1h30, porte d'entrée de l'extrême sud.
La combinaison la plus cohérente se fait avec le Cap Corse et la Balagne au nord, accessibles depuis Bastia, ou avec l'extrême sud et Bonifacio en poursuivant la côte vers Porto-Vecchio. Pour relier la côte ouest et Ajaccio, il faut traverser le centre montagneux par le col de Vizzavona ou le col de Vergio, comptez 2h30 à 3h de route. L'hébergement est familial, en résidences de plage à Ghisonaccia ou Linguizzetta, en maisons d'hôtes dans les villages de Castagniccia. La région convient aux familles avec jeunes enfants pour ses plages peu profondes, et aux voyageurs intéressés par l'archéologie, la gastronomie et le patrimoine rural. Les randonneurs purs préféreront le centre montagneux ou Bavella.

